Résumé : Il y a Ray, Val, Janet, la grand-mère et la petite fille. Les petits boulots, les combines et la taule. Les copains, les bars, l’alcool et la drogue. Un univers d’hommes où seules les femmes tiennent
le coup. La famille de Raymond, sa femme Val et son beau-frère Billy vivent dans un quartier ouvrier de Londres. Billy est drogué et Raymond l’expulse de chez lui, le contraignant à vivre dehors, espérant l’aide de sa mère Janet et de sa grand-mère Kath. Raymond, père d’une petite fille, est la plupart du temps ivre et devient parfois violent, y compris avec sa femme enceinte.
Critique : Coproduit par Gary Oldman et Luc Besson, Ne pas avaler est l’unique long métrage en tant que réalisateur du comédien. Connu pour ses compositions brillantes au grand écran et à la scène, Gary Oldman a pu jouer des personnages très différents dans des films comme Prick Up Your Ears de Stephen Frears, Dracula de Francis Ford Coppola ou Les heures sombres de Joe Wright, qui lui permit de gagner l’Oscar du meilleur acteur. Présenté en compétition au Festival de Cannes 1997, Ne pas avaler épouse la veine sociale naturaliste du cinéma anglais, avec une forte connotation autobiographique. Né dans un quartier populaire de Londres, le réalisateur a voulu montrer le quotidien de sa propre famille et le personnage principal, Ray, est un double de son père, à qui le film est dédié au générique de fin. Mêlant approche quasi documentaire, caméra à l’épaule, et éléments fictionnels, le long métrage ne cherche pas à édulcorer le portrait des laissés-pour-compte de la société britannique : entassement de quatre générations dans un appartement miteux, beuveries sinistres au pub local, addiction à la drogue et à l’alcool, chômage et petits travaux au noir. Dans les années 90, les maîtres reconnus du cinéma anglais social élargissaient leur public avec des œuvres plus consensuelles, combinant gravité et humour. On songe à Raining Stones (1993) de Ken Loach ou Secrets et mensonges (1996) de Mike Leigh, palme d’or cannoise.
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Nulle concession ici chez Oldman, proche du minimalisme des Dardenne ou du Pialat d’À nos amours. On apprécie également l’absence de véritable trame narrative, le cinéaste se focalisant sur les galères de ses protagonistes, qui se débattent dans un décor sombre jamais illuminé par le soleil, sur fond de musique sobre d’Eric Clapton. Si la démarche de Gary Oldman paraît sincère et louable, elle pourra susciter une certaine lassitude dans la seconde partie, d’autant plus qu’on frôle le pathos et le voyeurisme. À Cannes, le film obtint le prix d’interprétation féminine, décerné à Kathy Burke. Cette décision du jury d’Isabelle Adjani peut paraître surprenante. Non que la comédienne soit mauvaise. Mais son rôle est plutôt en retrait pendant une grande partie du métrage et sa performance repose essentiellement sur un effet Koulechov et un maquillage (visage déformé suite à des violences conjugales). On peut lui préférer ses partenaires, à savoir Ray Winstone (La légende de Beowulf) et Charlie Creed-Miles. Avec le recul, le prix de la meilleure actrice de Cannes 97 aurait pu tout aussi bien être attribué à Susanne Lothar (Funny Games), Kim Basinger (L.A. Confidential), Isabelle Carré (La femme défendue), Robin Wright (She’s So Lovely), Joan Allen (Ice Storm), Greta Scacchi (Le baiser du serpent) ou Sarah Polley (De beaux lendemains)… Ne pas avaler fut par ailleurs le gagnant des BAFTA (meilleurs film et scénario). Le film connut une sortie en salles confidentielle et tomba dans un certain oubli injuste. Pour son vingt-cinquième anniversaire, il a été restauré à partir du négatif et de la piste son prêtés par Sony Pictures, avec un étalonnage effectué à partir d’un tirage récent et approuvé par Gary Oldman.
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Ne pas avaler – Gary Oldman – critique