James Cagney, immense star telle une grenade dégoupillée

CINÉMA

Raoul Walsh, consacré jusqu’au 8 novembre à la Cinémathèque française dans une rétrospective en quatre-vingts films, est sous contrat avec les studios Warner Bros lors de leur période faste, ce qui lui permet de réaliser une vingtaine de films, parmi lesquels de nombreux chefs-d’œuvre. Plusieurs acteurs, contractuellement liés aux studios, vont ainsi devenir les compagnons de chevauchée du cinéaste. Parmi eux, James Cagney (1899-1986). L’acteur rend une dizaine d’années à Walsh. Pour des raisons différentes – Walsh est un enfant de la haute qui a le goût effréné de l’aventure, Cagney, un prolo irlandais de petite taille plein de bagou et de rage –, les deux New-Yorkais se rencontrent sur les dangereuses vertus de la conquête. Sur leur capacité, aussi bien, à être à l’aise dans tous les genres.

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Sous ce sceau américain, quatre films les réunissent : Les Fantastiques Années 20 (1939), La Blonde framboise (1941), L’enfer est à lui (1949), Un lion dans les rues (1953). Soit deux films de gangsters, une comédie sociale et une chronique politique. Cagney les traverse comme un arc électrique, imposant à ses rôles davantage qu’ils ne lui en imposent. Tics travaillés, pensée rapide, débit de mitraillette, voix haut perchée et volontiers goguenarde, démarche sautillante, épaules tressaillantes, lèvres retroussées. Hors pression, un charme irrésistible. Immense star dès les années 1930, il forme avec Walsh un couple parfait dans leur rapport à Warner Bros : le cinéaste y joue la souplesse, quand l’acteur impose un bras de fer constant, notamment contre la tyrannie des contrats, qui lui vaut le titre infamant d’« opposant professionnel » de la part du producteur Jack Warner.

Dans Les Fantastiques Années 20, Cagney interprète Eddie, un brave troufion durant la première guerre mondiale, que l’on découvre dans un trou d’obus et qui, d’une certaine façon, n’en sortira jamais. A son retour, victime de la crise, il tourne malfrat durant la Prohibition. Raoul Walsh y dépeint, dans la société civile américaine, la continuation de la guerre par d’autres moyens. Dans La Blonde framboise, il est Biff Grimes, un dentiste querelleur qui s’est fait voler sa fiancée par un escroc de haut vol, lequel l’envoie de surcroît en prison. Il en épouse une autre par dépit et ne s’en trouve in fine pas si mal. Fils de prolo contre arrivistes corrompus, voici encore une touche de social qui ne dépare pas dans cette savoureuse comédie.

Psychopathie criminelle

Dans L’enfer est à lui, Cagney campe un gangster migraineux, déséquilibré infantile et tueur sadique, fouetté par une emprise maternelle névrotique qui lui enjoint de devenir le roi du monde (« Top of the world, ma ! »). L’affaire tournera autrement. Ici, ce n’est pas seulement que Cagney surpasse sa propre sauvagerie telle que L’Ennemi public (William A. Wellman, 1931) l’avait durablement cristallisée (demi-pamplemousse écrasé sur le visage de sa petite amie), c’est aussi qu’il relègue le Paul Muni de Scarface (Howard Hawks, 1932), le Edward G. Robinson du Petit César (Mervyn LeRoy, 1931), le Raymond Burr de Marché de brutes (Anthony Mann, 1948) ou le Richard Widmark du Carrefour de la mort (Henry Hathaway, 1948) – autant de sommets dans l’expression hollywoodienne de la psychopathie criminelle – aux ébats du jardin d’enfants.

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James Cagney, immense star telle une grenade dégoupillée