Equalizer 3 : critique fatiguée (comme Denzel Washington)

Denzel à la pompe

Quoi qu’on pense du réalisateur Antoine Fuqua, le début de sa carrière dans le clip a grandement contribué à son style. Un style certes pachydermique, mais parfois à-propos quand il s’agit d’iconiser ses stars dans des films d’action bas-du-front. Au même titre qu’Un tueur pour cible et son pompage de John Woo, Equalizer premier du nom s’est quelque peu démarqué de la fange de l’actioner américain de base par ses allures de kéké des bacs à sable. Avec ses ralentis abusifs, ses riffs de guitare ringards et ses planifications des attaques façon Sherlock Holmes de Guy Ritchie, le réalisateur de Training Day a tout donné pour faire de cet objet racoleur un petit film plus ludique qu’il n’y paraît, avec en son centre le charisme évident et dévastateur de Denzel Washington.

Si Equalizer 2 avait déjà suffi à calmer les enthousiastes, Equalizer 3 n’a besoin que de quelques minutes pour rappeler que le cinéaste à la barre n’est plus qu’un énième yes-man, torchant désormais des remakes insipides (Les Sept mercenaires, The Guilty) ou des nanars indigents (Infinite) à la vitesse d’un encaissage de chèque. Tandis qu’un mafieux italien se balade au milieu des cadavres laissés par Robert McCall, la caméra s’attarde platement sur chaque corps, dans un élan démonstratif qui ne façonne aucun crescendo.

 

Attention, ça va aller très vite

 

Pour une fois, l’esbroufe du plan-séquence n’est même pas convoquée, alors qu’il s’agit encore du meilleur moyen pour poser artificiellement ses couilles sur la table (et pour une fois, c’était l’occasion). Preuve en est que cet ultime volet n’a plus aucune velléité, comme le confirme le court combat qui s’ensuit, où se rejouent platement les acquis de ses prédécesseurs.

C’est d’autant plus dommage que le long-métrage assume une direction étonnante, en contraignant son héros vieillissant à la convalescence, voire à la retraite dans une petite bourgade italienne. Face à un personnage qui s’est toujours cherché une raison d’être dans la violence, Equalizer 3 tente un aparté paisible, qui donne l’espace d’un instant un charme inattendu à sa nature de vigilante movie gériatrique. Le flegme et la moue boudeuse de Denzel Washington nous feraient presque oublier qu’on est venus voir du sang, et pas un tueur se baladant en canne, si la dimension mélo de cette quête rédemptrice avait été vraiment assumée.

 

Equalizer 3 : Denzel WashingtonUne image qui reflète bien l’énergie du film

 

Man (pas très) on fire

Bien sûr, le naturel revient au trot (parce qu’au galop, ce n’est plus possible à 68 ans), et se contente de bouleverser ce coin de paradis par les pires clichetons possibles des films de mafia. A grands coups d’accents caricaturaux, de menaces très menaçantes et de mains coupées, les méchants interchangeables amènent McCall à jouer les sauveurs, sans jamais que ses actions de justicier n’engendrent de dilemmes, ou même une simple escalade de la violence.

Equalizer 3 se prive bien du moindre enjeu, et encore plus de scènes d’action un tant soit peu excitantes, puisque Denzel reste assis la moitié du film, avant de laisser sa doublure ou le hors-champ prendre le relais dans l’obscurité.

On en viendrait presque à regretter le final de jeu vidéo raté du deuxième opus, qui avait au moins le mérite de lâcher les chevaux. A l’inverse, ce troisième volet lâche l’affaire, trop heureux de jouer les poseurs avec quelques plans stylisés mais creux, et une architecture italienne à laquelle Robert Richardson (le chef opérateur fétiche de Scorsese et Tarantino !) essaie tant bien que mal de rendre justice.

 

Equalizer 3 : Denzel WashingtonDenzel accomplit sa plus grande performance d’acteur : devenir Steven Seagal

 

Forcément, Antoine Fuqua tente d’insuffler un minimum de rythme pour compenser cet encéphalogramme plat, quitte à tronçonner ses scènes par des trous béants de scénario, qui laissent au passage la plupart des personnages secondaires sur le bas-côté. La communauté dont se prend d’affection Robert McCall n’a finalement aucune importance dans l’échelle globale du récit, même si son charismatique interprète essaie de nous faire croire le contraire au travers de son jeu toujours aussi habité.

Mais au bout d’un moment, on n’est plus dupes, et le réalisateur ne peut plus prétendre qu’Equalizer renfermerait une émotion similaire à celle de son modèle évident : Man on Fire. Dès lors, en offrant à Dakota Fanning un second rôle lourd de sens pour marquer ce lien de filiation, Fuqua ne fait que confirmer à quel point il est loin d’être Tony Scott.

 

Equalizer 3 : Denzel Washington, Dakota FanningJ’ai la réf !

 

Pourtant, il y avait matière à aborder cette ultime aventure (supposée) avec une forme de mélancolie. En faisant de McCall un cow-boy mutique au grand cœur venu sauver une ville de méchants capitalistes sans foi ni loi, Equalizer 3 avait un potentiel de western moderne et crépusculaire, clairement inspiré par le cinéma de Clint Eastwood. Un terrain de jeu rêvé pour Denzel Washington, obligé de rester à l’état d’esquisse.

Et c’est peut-être ce qui définit le mieux ce dernier épisode. Il cherche moins à conclure la trilogie qu’à trouver la porte de sortie la plus proche. Au moins, Equalizer aura complété sa mue vers le direct-to-video honteux.

 

Equalizer 3 : affiche

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