De Berlioz à Johnny Depp, 25 idées pour profiter du week-end du 15 août

Sous une pluie d’étoiles, nous vous proposons des sons, des lumières et des images au gré de soirées en plein air et – souvent – en musique. Du Hector Berlioz dans les oreilles, du Terry Gilliam à l’écran et, dans l’assiette, une nouvelle recette du chef étoilé italien Simone Zanoni, notre invité culinaire pour la fin de l’été. Il est aussi temps de profiter, dans le respect des règles sanitaires et des gestes barrières, des festivals de la deuxième quinzaine d’août. Bonne semaine et portez-vous bien!

7 idées de sorties et d’activités

Les Perséides ont officiellement débuté hier mais c’est demain soir que le phénomène sera le plus visible.

(AFP)

  1. On profite à la tombée de la nuit des Perséides, cette “pluie” d’étoiles filantes observables entre mercredi et samedi. La nuit où le phénomène devrait être le plus intense sera celle de jeudi à vendredi. 
  2. On fête la musique en Dordogne avec une succession de concerts organisés dans les petites cités de campagne et dans le cadre du festival du Périgord noir, jusqu’au 19 août. Le détail des manifestations se trouve par ici
  3. On reste en Dordogne, cette fois pour écouter Prokofiev, Chopin et Brahms au jardin des Enfeus, à l’occasion des Musicales de Sarlat, du 18 au 22 août. Plus de renseignements par là
  4. On assiste aux sons et lumières diffusés dans tout le département de l’Allier à l’occasion de l’événement “Lumières sur le Bourbonnais”. Les plus grands monuments du département sont éclairés chaque soir de l’été. Pour en savoir plus, c’est par là
  5. On enchaîne les séances du festival méconnu mais très prisé Gare aux docs, à La Recyclerie, dans le 18e arrondissement de Paris. Des documentaires projetés en plein air et sur les rails de l’ancienne petite ceinture. Réservations obligatoires à faire en ligne
  6. On fait le tour du monde grâce au festival de Montoire-sur-le-Loir (Loir-et-Cher), où des artistes d’une dizaine de pays présentent des chants et danses traditionnelles jusqu’à dimanche. Des invités qui viennent du Chili, du Mexique, de Russie, du Burundi ou encore de Polynésie française. A découvrir sur le site du festival
Le chef d'orchestre russe Valery Gergiev dirigera le Requiem de Berlioz, le 27 août à La Côte-Saint-André.

Le chef d’orchestre russe Valery Gergiev dirigera le Requiem de Berlioz, le 27 août à La Côte-Saint-André.

(AFP)

7. Le festival de la semaine : le festival Berlioz

Tout l’été, le responsable d’un festival vous présente l’un de ses invités. Cette semaine, Bruno Messina, directeur général et artistique du festival Berlioz, du 17 au 30 août à La Côte-Saint-André (Vienne), nous parle du Requiem et du Retour à la vie de Berlioz :

“En écho à cette année terrible, j’ai voulu que soient jouées deux oeuvres particulières d’Hector Berlioz : Le Retour à la vie, mardi à 21h, et le Requiem, le 27 août prochain. La première, composée en 1831, est une suite de la Symphonie fantastique. Cette pièce, à la fois musicale et théâtrale – un comédien est présent sur scène -, porte les stigmates d’une vie contrariée : malgré le succès de la Symphonie fantastique, Berlioz a souffert de la rupture de ses fiançailles. Le Retour à la vie est une manière pour lui de surmonter ses difficultés. Une oeuvre de rupture qui ne pouvait que trouver sa place dans cette programmation de temps de Covid.

Le Requiem (1837) quant à lui démontre toute la magie de Berlioz. Pour l’occasion, nous avons fait venir de Russie les 230 membres de l’orchestre et du chœur du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, accompagnés par le chef Valery Gergiev, une sorte de Depardieu de la musique qui dirige ses morceaux avec un cure-dent! Cela a d’ailleurs été une vraie gageure d’obtenir leur déplacement et nous suivons l’évolution des règles tous les jours. On a dû refaire la scène pour mettre de la distanciation entre les musiciens. On a même dû affréter un avion juste pour pouvoir faire revenir chez eux les musiciens anglais du Monteverdi Choir parce que Boris Johnson veut mettre en place de nouvelles restrictions au lendemain de leur concert! On n’a rien voulu se refuser. Après l’édition annulée de l’an dernier, on voulait une double ration de bonheur musical.”

Horaires des concerts et tarifs en ligne. Le passe sanitaire est obligatoire.

Le tube de la semaine : Sweet Dreams (are made of this)

Tout l’été, Alain Pozzuoli, coauteur avec Jean-Marie Potiez des 101 Tubes de l’été (éditions du Layeur, 30 euros), nous raconte comment sont conçus les tubes de l’été à travers quelques titres emblématiques. Cinquième épisode : Sweet Dreams (are made of this) d’Eurythmics (1983).

“Dans les années 1960, le phénomène des Scopitones [des jukebox associant des images au son, NDLR] avait posé les bases du clip. Mais c’est vingt ans plus tard, avec la création de MTV en 1981, que les vidéoclips sont devenus un élément essentiel dans la stratégie des maisons de disque. Dans ce contexte, Sweet Dreams fait l’effet d’une bombe. Annie Lennox et Dave Stewart, les deux membres d’Eurythmics, n’ont pas seulement signé un tube de l’été mais aussi un clip qui a durablement marqué les esprits et influencé bon nombre d’artistes.

Cinq ans plus tard, en 1987, Boys boys boys de Sabrina pousse le phénomène à son extrême : aujourd’hui, on se souvient plus de la vidéo, qui a fait scandale en dévoilant l’un des seins de la chanteuse, que de la chanson.

Après le double succès des clips de Billie Jean de Michael Jackson, en mars 1983, puis de Sweet Dreams d’Eurythmics en juin de la même année, les chaînes de télévision ont commencé à produire elles-mêmes des tubes de l’été, et ce, afin d’avoir des vidéoclips à diffuser. C’est ainsi, par exemple, que TF1 s’est mise à produire La Lambada, l’un des plus gros tubes français de l’été en termes de vente.”

1 oeuvre en 1 minute : le cratère de Vix

Le cratère de Vix conservé et exposé au musée du Pays châtillonnais.

Le cratère de Vix conservé et exposé au musée du Pays châtillonnais.

(AFP)

A Vix, en Côte-d’Or, Maurice Moisson, agriculteur de profession et archéologue amateur de passion, a fait une découverte historique au détour d’un après-midi de chasse : quelques pierres éparses dans un champ lui ont permis d’identifier la présence d’un large tumulus arasé dont le caveau, comblé de terre, était resté inviolé. Il y déterrera le cratère de Vix, la principale pièce de la tombe à char d’une femme, vite surnommée la dame de Vix.
Un cratère, c’est un grand vase, entre 50 cm et 1 mètre de hauteur, qui servait pendant l’Antiquité à mélanger le vin et l’eau – l’alcool n’était alors jamais bu pur. Il est toutefois probable que le cratère de Vix n’ait jamais servi. Objet d’apparat, ses dimensions sont exceptionnelles : il mesure 1m64, pèse 208 kilogrammes et peut contenir jusqu’à 1.100 litres de liquide. C’est tout simplement le plus grand vase antique en bronze retrouvé à ce jour.

Au-delà de sa taille étonnante, l’objet s’accompagne d’un autre mystère : sa présence dans une tombe celte aussi éloignée de la Méditerranée. Les archéologues le datent de 510 avant JC, bien avant la conquête de la Gaule par les Romains. Au vu de ses éléments décoratifs, et notamment de sa frise, le vase aurait été conçu vers 525 avant JC dans l’une des cités grecques de l’Italie du Sud. Comment expliquer alors que cet extraordinaire vase puisse se trouver dans la tombe d’une princesse celte?

Quelques hypothèses sont débattues, mais le cratère de Vix a permis de vérifier une chose : les Celtes n’ont pas attendu les Romains pour être influencés par les pratiques socio-culturelles méditerranéennes. Les Etrusques et les Grecs commerçaient avec eux et il est probable que le grand vase fut un cadeau, fait à la dame de Vix, pour entretenir de bonnes relations. Le site celte du Mont Lassois, à Vix, se trouvait d’ailleurs sur la route commerciale de l’étain, un métal nécessaire aux Grecs pour fabriquer le bronze et qui était collecté dans les îles britanniques.

Le cratère de Vix est aujourd’hui conservé au musée du Pays châtillonnais (7 euros l’entrée), à Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or), mais la passionnante exposition “Boire avec les dieux” à la Cité du Vin de Bordeaux (Gironde) présente jusqu’au 7 novembre un fac-similé officiel du vase (8 euros le billet).

On bulle sur la plage : duo de flics à l’épreuve 

Notre sélection de bandes dessinées sorties cette année à lire cet été.

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(Sarbacane)

À lire le SMS reçu sur son portable, on pourrait croire à une bonne nouvelle: “ça y est partenaire! C’est le premier jour de notre duo today!! On se retrouve tout à l’heure à la prise de brief! :D” Mais l’inspecteur Alex Mills ne partage pas l’enthousiasme de son co-équipier. Qui a envie de se coltiner ce boulet de Pouilloux, la risée du commissariat? Au moment où il faut enquêter sur un psychopathe qui mutile ses victimes à l’acide, quelle guigne! Et pourtant, qui sait? Ce sera peut-être pour elle l’occasion de faire enfin ses preuves…

Dominantes grises et saumonées, ambiance glauque : Nicolas Dehghani, qui signe-là sa première BD, nous embarque dans un polar très réussi. (M.Q.)

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Les premiers mots : La définition du bonheur de Catherine Cusset

L’auteure du Problème avec Jane (1999), de Confessions d’une radine (2003) ou d’Un brillant avenir (2008) revient avec un livre sur la féminité, le rapport des femmes au corps, à l’amour, à la maternité, au vieillissement et au bonheur. L’histoire tourne autour de Clarisse, une grande passionnée vouée à la tragédie, et Eve, dont le caractère raisonnable a permis la stabilité de son couple. Habituée à faire partie des finalistes du prix Goncourt, Catherine Cusset va-t-elle de nouveau être sélectionnée avec ce nouveau roman à la thématique universelle?

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Le classique de l’été à revoir : Las Vegas Parano

Depuis le succès surprise des Dents de la mer, fin juin 1975, l’été est l’un des deux moments forts de l’année cinéma avec Noël. Alors que les mois de juillet et août 2021 s’annoncent intenses avec entre 10 et 20 sorties par semaine, voici une sélection de pépites, passées inaperçues au moment de leur sortie estivale.

Seul Terry Gilliam, ex-Monty Python, pouvait sans doute adapter Las Vegas Parano, le livre fou de Hunter S. Thompson. Ce dernier a popularisé le “journalisme gonzo”, une méthode d’enquête consistant à oublier toute objectivité en prenant part à son propre reportage. Dans son célèbre essai publié en 1972, il déconstruit le rêve américain à travers l’exploration de Las Vegas sous toutes les substances hallucinogènes possibles.

Devant le succès du livre, un projet d’adaptation fait vite surface. Après plusieurs projets avortés – notamment avec Martin Scorsese ou Oliver Stone – et des conflits répétés autour des versions du scénario, Terry Gilliam récupère le projet, devant au passage réécrire un script en dix jours. Une galère parmi d’autres, nombreuses : tournage compliqué à Vegas, dépassement de budget, premières projections tendues… et, pour terminer, échec critique et commercial. Au festival de Cannes en 1998, la majorité de la presse boude une succession de scénettes ennuyeuses. Sorti en salles pendant l’été, il ne rapporte que 13,7 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget de 18,5 millions.

Pourtant, Las Vegas Parano finit par s’imposer avec d’importantes ventes en DVD des deux côtés de l’Atlantique. Le magazine américain Empire l’intègre même à sa liste des meilleurs films de tous les temps. Pourquoi ce revirement? D’abord parce qu’il s’agit du plus beau trip visuel qui détaille, par le menu, les effets et dégâts des drogues. Mais surtout parce que le film déconstruit le rêve américain, son culte de la consommation et sa bien-pensance. En tête d’affiche, Johnny Deep et Benicio Del Toro transcendent leurs rôles pour offrir une plongée déroutante et dérangeante dans l’Amérique que l’on ne veut pas voir.

En VOD sur MyCanal, Orange et Universciné. Egalement disponible en DVD/Blu-ray. 

Les autres classiques de la semaine

Cet été est l’occasion de très nombreux films ressortis au cinéma, en VOD ou en DVD/Blu-ray. Cette semaine, nous vous conseillons :

  • A partir de mercredi, c’est le retour sur grand écran du Orfeu Negro de Marcel Camus, un chef d’oeuvre restauré qui transpose le mythe d’Orphée et Eurydice dans la communauté noire brésilienne. A voir également en VOD sur LaCinéTek.
  • Amazon Prime propose depuis merdi l’excellent polar doux-dingue Bons Baisers de Bruges de Martin McDonagh. A la télévision, ne loupez pas le film culte de Jacques Deray, Borsalino, dimanche soir sur W9, ou encore Les Triplettes de Belleville, le dessin animé multiprimé de Sylvain Chomet, jeudi soir sur La Chaîne L’Equipe.

Le week-end clés en main : Montreuil-sur-mer mias loin du rivage

L'impressionnante forteresse de Montreuil-sur-mer.

L’impressionnante forteresse de Montreuil-sur-mer.

(AFP)

Du haut de ses remparts et de ses douze siècles d’histoire riche, elle domine fièrement la vallée de la Canche. Quand on rejoint Montreuil-sur-mer depuis Le Touquet, c’est d’abord ses hauts murs qui impressionnent. La citadelle, érigée par Vauban sur les fondations d’une des plus puissantes forteresses capétiennes, se dresse face à la campagne du Pas-de-Calais.

Montreuil-sur-mer est bien mal nommée : elle se trouve dans les terres, à 12 km de la Manche. L’Etat a même fini par rejeter le suffixe “sur-mer”, injustifié selon l’Insee. Pourtant, l’histoire de la cité est bel et bien liée à l’océan. Au pied de la forteresse, sur la Canche, une large rivière qui se jette quelques kilomètres plus loin dans la mer, se situait l’un des principaux ports du royaume de France : en 980, la cité a été rattachée au domaine royal et, huit ans plus tard, Hugues Capet en a fait le seul port de mer de la monarchie française. Sa présence aussi loin des côtes s’explique par l’instabilité physique des bords de mer et la menace de violents raids ennemis, notamment vikings.

La citadelle actuelle a été édifiée en 1567 puis remaniée par Vauban en 1670. La visite des remparts, de la tour de la Reine Berthe (14e siècle) et de la chapelle (18e siècle) permet de se donner une bonne idée du riche passé des lieux. Les casemates du 19e siècle abritent une exposition historique tandis que le chemin de ronde offre de beaux panoramas.

La belle plage du Touquet.

La belle plage du Touquet.

(AFP)

Et si vous voulez rester plus d’un week-end

Autour de Montreuil-sur-mer, deux importants complexes religieux valent aussi le coup d’œil pour leur beauté et pour leur histoire mouvementée. Aux abords de la commune, l’abbatiale Saint-Saulve présente un beau portail sculpté et un trésor d’art sacré impressionnant. A quelques kilomètres en amont de la vallée, la chartreuse Notre-Dame-des-Près de Neuville propose des visites guidées intéressantes mais surtout de beaux jardins, remaniés entre 2011 et 2013.
La vallée de la Canche, verdoyante et encore peu urbanisée, offre de belles randonnées. N’hésitez pas à remonter le cours d’eau jusqu’à Frévent, où se situent le château de Cercamp et le moulin-musée Winterberger consacrée à l’agriculture locale. Pour bien terminer le périple, vous pouvez enfin vous rendre sur la belle plage du Touquet, joyau de la Côte d’Opale.

 

Où? Vous pouvez vous rendre à Montreuil en voiture – après l’autoroute jusqu’au Touquet, la ville se trouve à 15 minutes – mais aussi en train. La gare TER se trouve sur la ligne qui relie le Touquet à Arras, deux destinations accessibles en TGV et/ou Intercités.

Quand? Si vous êtes frileux, privilégiez l’été et les douces températures qui baignent la Côte d’Opale à cette saison.

A quel prix? Voilà une destination peu onéreuse : le coût des visites oscille autour de 10 euros maximum et cette aire touristique moins prisée reste à la portée des bourses modestes.